(1/4) Spéculation no 1 : « Pas de péage, pas de pont »

Comme annoncé mardi dernier dans l’article « Les quatre ambiguïtés dans le discours du fédéral », ce premier article de quatre traite de la spéculation qui entoure les phrases clés du fédéral. Voici donc la première spéculation en lien avec l’argument du fédéral « pas de péage, pas de pont ».

À priori, l’expression « pas de péage, pas de pont » suggère qu’il n’y a pas d’urgence d’agir s’il n’y a pas de péage. Mais le fédéral se défend bien de donner une plus grande priorité au péage qu’à la sécurité des usagers. Doit-on alors comprendre que l’expression « pas de péage, pas de pont » réfère au pont de remplacement proposé par le fédéral? Ainsi, advenant que le péage ne soit pas mis en place sur le pont Champlain, il n’y aurait pas de pont neuf et les utilisateurs continueraient à utiliser le pont Champlain actuel sans péage, mais sécurisé par les interventions du fédéral.

Pourquoi alors un péage?

Aux dires du fédéral, c’est parce que l’offre de service sera augmentée, grâce à des accotements aux normes pour les voies de circulation et des voies dédiées au SLR, parce qu’il sera possible de régulariser le flot de circulation en direction de Montréal et parce que les ponts fédéraux au-dessus du Saint-Laurent sont des anomalies régionales qui n’intéressent pas le fédéral. On peut alors penser que le péage ne serait dédié qu’à rembourser les mesures avancées pour augmenter l’offre de service, comme c’était le cas à son ouverture au début des années 1960.

Bien au contraire, un péage à 7 $ par passage et des revenus de 420 M$ par an permettront au fédéral de faire payer, pour les 25 prochaines années, la totalité des dépenses d’investissement, d’entretien et de gestion de toutes ses infrastructures routières dans la région de Montréal. De plus, il sera même possible de distribuer les surplus entre les partenaires pour rembourser la construction du pont et servir de source de financement fédérale en faveur du transport collectif et de la mise à neuf des infrastructures routières de responsabilités provinciale et municipale.

Même dans le cas d’un péage moins élevé, un péage permettrait au fédéral d’engranger entre 100 M$ et 400 M$ par année, selon que le péage est à 1,25 $/ ou à 7,00 $ par passage, quand son obligation d’entretien et d’exploitation du pont Champlain lui-même n’est que de 5 M$ par an (le budget total d’entretien confié à la Société des Ponts Jacques-Cartier et Champlain Incorporée (SPJCC inc.) est de 40 M$ par an). Le péage au pont Champlain est l’occasion imaginée par le fédéral pour se faire payer l’ensemble de ses coûts d’entretien, d’exploitation et d’administration de tous les autres ponts et infrastructures fédéraux au Québec.

De plus, avec un péage sur le pont neuf, le gouvernement fédéral fait payer aux Québécois l’onéreux rehaussement de 40 mètres indispensable pour assurer le libre passage des bateaux sous le pont. Parce qu’il enjambe la voie maritime, le pont de remplacement coûtera deux fois plus cher que s’il passait à niveau comme le pont Victoria. Le péage au pont Champlain équivaut à un détournement de l’argent provenant de l’économie régionale de Montréal pour soutenir l’essor économique des Grands Lacs, qui bénéficie grandement plus de la voie maritime que le Saint-Laurent québécois.

Pourtant, jusqu’en octobre 1998, les obligations d’entretien, d’exploitation et d’administration des ponts fédéraux étaient à la charge de la voie maritime du Saint-Laurent. À partir de cette date, ces obligations ont été confiées à la SPJCC inc. En créant la SPJCC inc., le gouvernement fédéral ne s’est pas libéré de ces obligations, comme le laisse présumer son « pas de péage, pas de pont ».

Pour rendre juste le péage, le fédéral doit clarifier son intention de n’imputer au péage que les coûts de la gestion, de l’entretien et de l’administration du pont Champlain lui-même. Avec 55 millions de passages par année pour défrayer le coût d’entretien du futur pont estimé par le consortium BCDE à 7,8 M$ par an, le péage serait de 0,25 $ par passage auquel pourrait s’ajouter 1,00 $ pour le transport en commun.

Mais une étude de SDG, dont certains résultats ont été rapportés par M. Croteau du journal La Presse le 30 septembre 2013, a plutôt démontré que parce que tous les ponts de la Rive-Sud sont saturés, du pont Mercier jusqu’au pont-tunnel La Fontaine, un péage menacerait les utilisateurs du pont Champlain et les entreprises de Montréal et de la rive sud d’entraves sévères à court terme et d’exodes obligés à moyen terme. C’est pourquoi plusieurs élus de la région de Montréal et la CCIRS notamment s’opposent à un péage au pont Champlain.

À la proposition maintes fois répétée  « pas de péage, pas de pont » neuf, le fédéral pourrait très bien se faire répondre « pas de pont neuf et un péage équivalent à celui en vigueur à la fin des années 80 ». Le fédéral pourrait donc devoir rendre l’actuel pont sécuritaire et disponible en tout temps et cela, sans entrave majeure pour les usagers. Le rapport de DELCAN (2011-03-28) a présenté la méthode la plus efficace pour réaliser cette obligation. En même temps, le gouvernement provincial devrait procéder séparément à la réalisation de ses besoins d’infrastructures de transport en commun en lieu et place qui lui conviendront et cela assurément plus rapidement et à moindre coût que dans le cadre de la proposition du fédéral.

Mais il faut se demander si, en raison du mauvais entretien du pont Champlain dont il est responsable, le fédéral est prêt à risquer la fermeture de la voie maritime, ne serait-ce qu’une fois et que pour une courte période. C’est d’ailleurs peut-être pourquoi il a raté l’urgence d’agir, ne se sentant pas interpellé parce le canal passe sous la structure d’acier, bonne encore pour 50 ans.

Avec un nouveau pont ou avec le pont actuel rénové pour une durée de vie équivalente à celle souhaitée pour le nouveau pont, le problème de congestion reste le même. Il est impératif à court terme d’ériger un autre pont sur cette partie du fleuve pour assurer le bon fonctionnement des communications entre ces deux rives et peut-être la survie économique de l’une ou l’autre des rives.

Ne manquez pas, mardi prochain, le deuxième article de quatre qui portera sur la spéculation no 2 concernant l’utilisateur-payeur.

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3 réponses à “(1/4) Spéculation no 1 : « Pas de péage, pas de pont »

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  3. Persistez sur cette voie, c’est un plaisir de vous suivre.

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